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Entre humanitaire et politique, un débat franco-canadien sur la responsabilité de protéger ne finit pasMarch 10 2010 by François Cavaillès
 Le chercheur français spécialiste des questions humanitaires Fabrice Weissman et l’ancien ministre canadien Allan Rock étaient en débat, le 2 mars dernier à l’Université de Toronto, sur la question de la responsabilité de protéger.
Environ 80 personnes ont assisté dans un silence studieux à la discussion qui s’est résumée à un grand désaccord entre les deux hommes comme entre deux écoles de pensée.
Pourtant, Allan Rock a commencé par exprimer sa gratitude envers Médecins sans Frontières et particulièrement envers le travail de M. Weissman pour cette organisation.
Puis, il a avancé que l’idée de responsabilité de protéger vient répondre aux massacres commis à l’intérieur d’un État pour que dans de telles situations l’indifférence ne prévale plus. Selon lui, la souveraineté étatique a longtemps signifié l’impunité pour des crimes graves commis dans les frontières de l’État et c’est peut-être à cause du choc de l’Holocauste que les choses ont pu changer.
Mais au génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge à la fin des années 70, la Charte des Nations Unies n’avait prévu aucune réponse, selon M. Rock. « Ensuite le concept d’intervention est apparu, a poursuivi le professeur à l’Université de Toronto. Mais il ressemblait plus à une impulsion qu’à une réaction. Le fossé entre le droit international et la pratique s’est donc agrandi. »
Allan Rock a ajouté en conclusion de son ouverture du débat que le concept naissant de responsabilité de protéger peut combler ce fossé.
« Le problème avec la responsabilité de protéger, c’est l’obsession de la politique de l’État fort avec plus de troupes militaires, d’emprisonnements et de jugements », a critiqué Fabrice Weissman en se disant opposé à l’utilisation de la violence à des fins humanitaires.
User de violence pour protéger est parfois possible, selon M. Weissman, en dernier recours et à condition de comprendre la partialité et l’occupation de territoire qui sont alors en jeu.
De plus, toujours selon le chercheur, l’effet de l’intervention est en fait très limité parce que seuls les États les plus puissants peuvent se le permettre et parce que toutes ces intrusions sont intéressées.
« La responsabilité de protéger légitime l’usage de la violence à des fins humanitaires », a résumé M. Weissman en ajoutant que cette idée mise en valeur par M. Rock entre autres est encore vague et imprécise.
« En cas de nécessité, la violence à des fins humanitaires est justifiée, par exemple devant les machettes au Rwanda en 1994. Il faut y recourir sans avoir d’excuse à donner », a rétorqué Allan Rock.
Fabrice Weissman a alors répondu que les critères de la doctrine de M. Rock ne sont pas clairs et que celle-ci peut s’appliquer dans tous les cas. Au sujet du Rwanda, M. Weissman a soutenu l’intervention mais selon lui, elle aurait dû avoir lieu plus tôt.
Allan Rock a ensuite assuré que le cadre théorique de la responsabilité de protéger peut inclure tous les cas parce que chaque conflit peut devenir un massacre. Il a ajouté que l’intervention est justifiée pour des raisons humanitaires et doit avoir lieu avant de savoir quel camp elle favorise.
Cette vision des choses est limitée au point de vue de l’agresseur, a réagi Fabrice Weissman en soulignant le besoin de prendre en compte le contexte historique, par exemple. « Les guerres morales sont les pires », a-t-il observé.
Finalement, sans parvenir à un accord mais sans non plus se tourner le dos de manière irrémédiable, les deux orateurs ont répondu à quelques questions du public. Un petit encas offert par le Consultat général de France à Toronto a enfin été servi dans une salle voisine pour boucler un après-midi fertile en échanges.
Photo : Fabrice Weissman Back
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